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eLabFTW en France : un LIMS et ELN open source compatible RGPD et COFRAC ?

eLabFTW est gratuit et open source, avec un éditeur français. Ce que cela change vraiment pour le RGPD, la HDS et l'accréditation COFRAC 17025.

eLabFTW figure depuis longtemps dans la liste des éditeurs suivis par ce site, aux côtés des cahiers de laboratoire électroniques commerciaux couverts dans notre comparatif ELN pour les laboratoires en France. Il n’avait pourtant jamais eu droit à son propre article ici, alors que c’est un nom qui revient régulièrement dans les discussions sur les alternatives open source. La raison de ce guide est simple : eLabFTW pose une question différente des ELN et LIMS commerciaux habituels, celle de savoir ce qui reste à la charge du laboratoire quand le logiciel est gratuit et que personne ne porte la conformité à sa place par défaut.

Ce qu’est eLabFTW, en pratique

eLabFTW combine un cahier de laboratoire électronique (ELN) et un module de gestion d’inventaire proche d’un LIMS allégé, avec en plus un système de réservation d’équipements partagés, selon la présentation faite sur le site officiel du projet. Le logiciel est distribué sous licence libre AGPLv3, ce qui en fait un projet réellement open source et pas seulement un modèle freemium habillé de ce vocabulaire : le code source est public sur GitHub, où le dépôt affiche plusieurs milliers d’étoiles et des institutions comme l’Institut Curie ou la Vrije Universiteit Brussel parmi les organisations qui soutiennent publiquement le projet.

Deux façons de faire tourner eLabFTW coexistent, et elles ne se valent pas sur le plan de la conformité :

  • L’auto-hébergement, sur des conteneurs Docker ou Podman installés par le laboratoire ou son service informatique, gratuit, sans limite documentée d’utilisateurs, mais avec la responsabilité complète de la sécurité et de la maintenance qui reste du côté du laboratoire.
  • L’hébergement géré, payant, assuré par Deltablot, l’entreprise française qui développe et maintient eLabFTW.

Cette distinction est le fil conducteur de tout le reste de cet article : les questions de RGPD, de HDS et d’ISO 17025 ne se posent pas dans les mêmes termes selon la case choisie.

Deltablot, l’éditeur derrière eLabFTW

Contrairement à une partie des projets open source utilisés en laboratoire, eLabFTW n’est pas un outil sans porteur commercial identifiable. Il a été créé par Nicolas Carpi, ancien ingénieur à l’Institut Curie, qui a fondé en avril 2019 la société Deltablot pour en assurer le développement et proposer support et hébergement professionnels, selon la page « à propos » de Deltablot. Deltablot est une SASU de droit français, basée à Villejuif en région parisienne, présentée par l’entreprise elle-même comme entièrement autofinancée, sans investisseur externe.

Cette structure change deux choses concrètes pour un laboratoire français. D’une part, il existe un interlocuteur commercial en France, contrairement à certains projets open source purement communautaires sans société identifiable derrière. D’autre part, eLabFTW® est une marque déposée par Deltablot, ce qui signifie que le projet a un porteur avec un intérêt économique à sa pérennité, un point rassurant pour un déploiement à long terme.

Tarifs : gratuit en auto-hébergement, payant pour l’hébergement géré

Le logiciel lui-même ne coûte rien, quel que soit le nombre d’utilisateurs, tant qu’il tourne sur une infrastructure gérée par le laboratoire. C’est la promesse centrale du modèle open source de Deltablot, sans fonctionnalité verrouillée derrière un palier payant, selon les informations publiées sur le site officiel du projet.

Pour les laboratoires qui préfèrent ne pas gérer eux-mêmes des serveurs, Deltablot publie des tarifs d’hébergement géré sur sa page dédiée, consultée le 28 septembre 2026 :

OffrePrix annuel affichéUtilisateurs actifsConformités mentionnées par l’éditeur
PRO Hosting 323 200 €jusqu’à 32ISO 27001, HDS, ISO 50001
PRO Hosting Plus4 985 €environ 128ISO 27001, HDS, ISO 50001
PRO Hosting Universe7 900 €environ 1 024ISO 27001, HDS, ISO 50001
PRO Hosting SecNumCloud8 700 €environ 1 024HDS, ISO 27001, 27017, 27018, visa de sécurité SecNumCloud
Support PRO (auto-hébergement)3 000 €non applicablesans objet
Formation470 € par session de 90 minutesnon applicablesans objet

Ces montants sont ceux affichés publiquement par Deltablot à la date de consultation : ce sont des tarifs catalogue, pas nécessairement le prix final négocié pour un déploiement institutionnel de grande taille, un point que tout laboratoire devrait vérifier directement avant de budgéter un projet. Pour les instances hébergées en Europe, les données sont situées à Paris chez Scaleway ou 3DS Outscale, et chez d’autres hébergeurs régionaux (DigitalOcean, Vultr) pour les zones hors Europe, toujours selon Deltablot.

RGPD : la question ne se règle pas au niveau du logiciel

C’est le point sur lequel la plupart des questions autour d’un outil open source achoppent : demander si « eLabFTW est conforme au RGPD » revient à poser une question mal formée. Le RGPD s’applique à un traitement de données, pas à un logiciel en tant que tel. Ce que rappelle la CNIL sur sa page consacrée à la relation avec un sous-traitant s’applique directement ici : que les données soient hébergées par un tiers ou par l’organisme lui-même, le responsable de traitement, c’est-à-dire le laboratoire ou l’institution qui décide de la finalité du traitement, reste responsable de la sécurité, de la durée de conservation et des droits des personnes concernées.

En pratique, cela donne deux situations très différentes :

  • Auto-hébergement : le laboratoire est son propre sous-traitant technique de fait. Il doit documenter lui-même ses mesures de sécurité, tenir un registre des traitements, gérer les durées de conservation et être capable de répondre à un contrôle de la CNIL. Rien dans eLabFTW ne fait ce travail à sa place, même si l’outil fournit les briques techniques utiles (contrôle d’accès par rôle, journal d’audit, chiffrement disponible selon la configuration).
  • Hébergement géré par Deltablot : la relation devient une relation classique responsable de traitement / sous-traitant, avec un contrat encadrant la prestation, ce qui est plus proche de ce à quoi les laboratoires sont habitués avec un éditeur SaaS commercial.

Aucune des deux situations n’est « la bonne » dans l’absolu : c’est un arbitrage entre coût, contrôle et charge administrative que chaque laboratoire doit trancher en connaissance de cause.

Données de santé : un cas à part

Si le laboratoire traite des données de santé à caractère personnel (biologie médicale, recherche clinique), l’exigence porte sur le lieu où tourne le logiciel, pas sur le logiciel. Le certificat dont il s’agit, délivré par des organismes eux-mêmes accrédités par le COFRAC, concerne l’exploitant de l’infrastructure : l’ANS en décrit deux métiers, l’hébergeur d’infrastructure physique et l’infogérant, selon sa page de certification.

Conséquence pratique : une installation maison non certifiée n’est pas admissible pour des données identifiantes, même avec un logiciel irréprochable. Ce n’est pas un défaut propre à eLabFTW, tout outil auto-hébergeable est concerné.

Dans l’offre publique de Deltablot, seule la formule « PRO Hosting SecNumCloud » revendique cette certification, avec un visa de sécurité de l’ANSSI. C’est une affirmation de l’éditeur : demandez le certificat par écrit avant de signer.

COFRAC et ISO 17025 : la limite assumée de cet article

Pour un laboratoire d’essais ou d’étalonnage accrédité selon la norme ISO 17025, la question qui revient est celle de la compatibilité avec les exigences de traçabilité et de maîtrise documentaire du référentiel. Notre guide sur la norme ISO 17025 détaille ce que le COFRAC attend d’un système de management de la qualité en laboratoire.

Sur le papier, eLabFTW dispose de plusieurs briques utiles : un journal d’audit qui couvre, selon sa documentation officielle, la quasi-totalité des actions effectuées dans le logiciel, un mécanisme de verrouillage empêchant la modification d’une expérience validée, et un système de double horodatage (RFC3161 et horodatage blockchain) présenté comme offrant une valeur probante. La documentation d’eLabFTW consacre même une page dédiée à un argumentaire de compatibilité avec le 21 CFR Part 11 américain et une autre aux exigences BPF/GMP.

Nous n’avons en revanche trouvé, dans les sources publiques consultées pour cet article, aucune mention d’une reconnaissance ou d’une compatibilité documentée avec la norme ISO 17025 ni avec le COFRAC. C’est cohérent avec la nature même de l’accréditation COFRAC : elle porte sur le laboratoire et l’ensemble de son système de management de la qualité, jamais sur un logiciel isolé, aucun LIMS ni ELN, commercial ou open source, n’est « accrédité COFRAC » en tant que tel. La vraie différence avec certains LIMS commerciaux présentés dans notre comparatif LIMS pour les laboratoires en France est ailleurs : ces éditeurs vendent parfois des packs de qualification informatique (IQ/OQ/PQ) prêts à l’emploi pour accompagner un dossier d’audit, une prestation qui n’existe pas de façon standardisée autour d’eLabFTW à notre connaissance.

Ce qu’en disent les utilisateurs

Sur G2, eLabFTW affiche une note de 4,4 sur 5 sur plusieurs centaines d’avis vérifiés, avec des retours qui reviennent régulièrement dans les deux sens, selon les avis consultés sur G2. Les points positifs cités portent sur la capacité à organiser et documenter des expériences, la collaboration entre chercheurs et équipes, et le rapport qualité-prix évident d’un outil gratuit en auto-hébergement. Les réserves les plus fréquentes concernent des capacités d’intégration limitées avec d’autres logiciels de laboratoire, une personnalisation parfois complexe à mettre en œuvre pour une équipe sans compétence technique interne, et l’absence de fonctionnalités d’analyse avancée intégrées.

Ce profil d’avis est cohérent avec le positionnement de l’outil : eLabFTW est pensé pour des équipes de recherche capables d’assumer un minimum d’administration technique, pas comme un produit clé en main pour un laboratoire sans aucune ressource informatique.

Des exemples d’adoption en France

eLabFTW n’est pas un outil de niche resté cantonné à quelques équipes isolées en France. Le CNRS l’a retenu comme socle technique de son offre de service « Cristal collectif », un dispositif national de cahiers de laboratoire électroniques lancé en juillet 2023. Selon les chiffres publiés par le pôle Qualité en recherche du CNRS, le service réunissait dès 2023 une centaine de laboratoires, 2 000 utilisateurs et plus de 12 000 expériences enregistrées, avec un élargissement prévu vers l’INRAE et l’Inserm. L’université de Lorraine et l’université de Montpellier ont également communiqué sur leur propre déploiement d’eLabFTW dans le cadre de leurs politiques de science ouverte.

Cette adoption par des organismes de recherche publics français est un signal utile sur la robustesse du projet et sur son acceptabilité dans un cadre institutionnel français, même si le contexte de la recherche académique n’est pas strictement comparable à celui d’un laboratoire d’analyses accrédité ou d’un site pharmaceutique soumis aux BPF.

Ce qu’il faut retenir avant de se lancer

eLabFTW mérite sa place dans les options à étudier pour un laboratoire français qui cherche un ELN, en particulier si le budget est contraint ou si l’équipe dispose de compétences techniques internes pour gérer l’hébergement. Le compromis est net et il faut le regarder en face plutôt que de le découvrir après coup : le logiciel est gratuit et open source, adopté par des organismes de recherche publics français sérieux, mais aucune certification HDS ni reconnaissance COFRAC/ISO 17025 ne s’applique au logiciel lui-même. Ces sujets restent entièrement à la charge du laboratoire en auto-hébergement, et ne sont couverts par une offre documentée que dans le cadre payant de l’hébergement SecNumCloud de Deltablot.

Avant de se lancer, trois questions concrètes à trancher : le laboratoire manipule-t-il des données de santé identifiantes qui imposeraient une infrastructure certifiée HDS, l’équipe dispose-t-elle des compétences pour maintenir une installation Docker en conditions de sécurité dans la durée, et l’accréditation ISO 17025 visée exige-t-elle un dossier de validation informatique que l’éditeur ne fournit pas en standard. Pour resituer eLabFTW parmi l’ensemble des ELN disponibles sur le marché français, notre comparatif ELN indépendant reste le point de départ utile.

Ce site est éditorialement indépendant. Logiciellabo.fr n’est rémunéré par aucun éditeur cité dans cet article pour son placement ou une couverture favorable, et aucun éditeur n’a relu cet article avant publication.

Questions fréquentes

eLabFTW est-il conforme au RGPD ?

eLabFTW n’est pas « conforme au RGPD » en soi : un logiciel ne l’est pas, c’est le traitement de données qui l’est ou non. En auto-hébergement, l’organisme qui installe eLabFTW reste responsable de traitement au sens du RGPD et doit assurer lui-même la sécurité, la durée de conservation et les droits des personnes, selon les principes rappelés par la CNIL sur les obligations liées à la sous-traitance et à l’hébergement. Avec l’offre hébergée de Deltablot, un contrat de sous-traitance RGPD encadre la relation, ce qui allège cette charge sans la supprimer.

eLabFTW est-il certifié hébergeur de données de santé (HDS) ?

Le logiciel eLabFTW lui-même n’a pas vocation à être certifié HDS : la certification HDS s’applique à un hébergeur, pas à un éditeur de logiciel, selon le référentiel de l’Agence du Numérique en Santé. En auto-hébergement sur une infrastructure non certifiée, un laboratoire qui manipule des données de santé prend le risque de ne pas respecter cette obligation légale. L’offre payante « PRO Hosting SecNumCloud » de Deltablot revendique en revanche une conformité HDS, ISO 27001 et un visa de sécurité SecNumCloud, ce qui en fait la seule voie documentée pour rester dans les clous sans gérer soi-même l’hébergement.

eLabFTW peut-il servir dans un laboratoire accrédité COFRAC ISO 17025 ?

Rien n’empêche techniquement un laboratoire accrédité ISO 17025 d’utiliser eLabFTW pour la traçabilité de ses essais : l’outil propose un journal d’audit quasi exhaustif, un verrouillage des entrées et un système d’horodatage à valeur probante. Mais l’accréditation COFRAC porte sur le laboratoire et son système de management de la qualité dans son ensemble, pas sur un logiciel : aucune source publique ne montre qu’eLabFTW dispose d’une reconnaissance COFRAC ou d’un dossier de validation informatique prêt à l’emploi, contrairement à ce que proposent certains LIMS commerciaux avec des packs de qualification IQ/OQ/PQ.

Combien coûte eLabFTW en France ?

Le logiciel est gratuit, sous licence AGPLv3, pour un usage en auto-hébergement sans limite de nombre d’utilisateurs documentée. Pour qui ne veut pas gérer l’infrastructure, Deltablot, l’entreprise française derrière eLabFTW, propose des offres d’hébergement payantes affichées publiquement entre 3 200 euros et 8 700 euros par an selon le nombre d’utilisateurs actifs et le niveau de conformité recherché, plus 3 000 euros par an pour un support professionnel en auto-hébergement et 470 euros par session de formation, selon les tarifs publiés sur le site de Deltablot.

Qui utilise eLabFTW en France ?

Le CNRS a retenu eLabFTW comme socle de son offre de service « Cristal collectif » de cahiers de laboratoire électroniques, lancée en juillet 2023 : selon les chiffres publiés par le pôle Qualité en recherche du CNRS, le dispositif réunissait dès 2023 une centaine de laboratoires et 2 000 utilisateurs pour plus de 12 000 expériences enregistrées, avec une extension prévue vers l’INRAE et l’Inserm. L’université de Lorraine et l’université de Montpellier ont également déployé eLabFTW dans le cadre de leurs démarches de science ouverte.

Sources

  1. eLabFTW, official website (consulté le 2026-09-28)
  2. Deltablot, eLabFTW hosting and support plans (consulté le 2026-09-28)
  3. Deltablot, about the company (consulté le 2026-09-28)
  4. elabftw/elabftw, dépôt GitHub officiel (consulté le 2026-09-28)
  5. Cristal collectif : cahiers de laboratoire électroniques, une offre de service du CNRS basée sur eLabFTW (consulté le 2026-09-28)
  6. Certification des hébergeurs de données de santé (HDS) (consulté le 2026-09-28)
  7. Travailler avec un sous-traitant (consulté le 2026-09-28)
  8. eLabFTW, avis vérifiés sur G2 (consulté le 2026-09-28)
  9. eLabFTW, documentation officielle (consulté le 2026-09-28)

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Thibaut Desseignes

Écrit et vérifié par Thibaut Desseignes